"Des jouets et des hommes" : l’illusion de la vie ou la passion du jouet

Affiches jouets et des hommes

Noël approche à grands pas et il est temps pour les grands magasins et les enseignes de jouets de faire rêver les enfants comme les parents. Les poupées Chanel animées de Lagarfeld éclairent déjà les vitrines du Printemps parisien. Au Grand Palais depuis le mois d’octobre, l’exposition "Des jouets et des hommes" (accéder à la page officielle) est arrivée bien à point non seulement pour annoncer et accompagner les illuminations des vitrines de fin d’année, mais aussi pour tenter de déchiffrer le rite social qu’est le jouet à un moment de l’année particulièrement réceptif à cette thématique.

Les œuvres de l’exposition constituent un canevas des formes du jouet depuis 2000 ans, avec une caractéristique qui surprend : les salles ne s’enchaînent pas de manière chronologique mais selon une organisation thématique qui privilégie la juxtaposition de jouets d’époques totalement différentes afin de faire prendre conscience de leurs étonnantes similitudes.

Arrêter de jouer

Une des réflexions marquantes de l’exposition est celle consacrée à l’abandon du jouet au moment du passage à la vie adulte. C’est un thème qui traverse l’ensemble des salles étant donné qu’au milieu du jeune public se trouvent également des adultes fascinés par leurs retrouvailles avec leurs anciens jouets. J’ai pu entendre des mères et des grands-mères s’exclamer en montrant les pièces exposées : « Tu as vu les jouets de mamie comme ils étaient beaux ! », « C’est avec ça que jouait maman, ça avait une très grande valeur, tu sais ! ». La présence des adultes est renforcée par la portée de l’affiche de l’exposition : pourquoi avoir posé un homme au milieu de jouets et pas un enfant ? A travers ce petit détail, l’exposition interroge la présence/absence du jouet tout au long de la vie.

A ce sujet, le catalogue fait référence à Annette Messager, une artiste mettant en scène des sculptures morbides faites de peluches représentant des cadavres de l’enfance. Détourner cette mort de l’enfance en renouant avec son univers clos, cela a été l’objet des crises de mégalomanie des adultes-enfants de ce siècle, comme Louis de Bavière ou Walt Disney.

Le refus de renoncer au jouet ou l’impossibilité de fuir l’horreur du vide

Walt Disney présentant Disneyland

Renoncer au jouet au passage à l’âge adulte implique de renoncer à l’horreur d’un vide matériel et existentiel que le jouet ne peut plus combler.  Refuser ce passage est une obsession des hommes qui en ont les moyens. Comme Louis II de Bavière et ses châteaux extravagants, Walt Disney s’est couronné en 1955 roi d’un royaume qui porte son nom. Ce que l’omniprésence de Walt Disney dans ses parcs, voire les cultes qui lui sont rendus, même posthumes, nous apprend, c’est que les parcs Disney ne mettent pas, comme a pu le penser Baudrillard, l’imagination en boîte (Jean Baudrillard, « Biosphère II », repris en guise de conclusion dans Les Parcs à thème de Anne-Marie Eyssartel et Robert Rochette). Tout au plus, ils matérialisent le rêve  d’une seule personne. Les parcs Disney sont les éléments tangibles du pragmatisme de Walt Disney, lié à son parcours self made man. Ils évoquent aussi l’horreur du vide typiquement américaine au sens où la réussite se définit aux Etats-Unis en termes de propriété matérielle.

Les jouets ou la soif d’inconnu

Les « royaumes » Disney transforment les visiteurs en poupées grandeur nature qui s’animent pour le plaisir de leur roi. Walt Disney s’est construit une maison de poupées gigantesques à son effigie, signe de l’égocentrisme et de la plénitude de l’enfance. Nous sommes tous les sujets du royaume de Walt Disney au sens où nous en sommes aussi les héritiers culturels : « Nous sommes tous les descendants de Parcifal et de Walt Disney », écrit Marc Augé dans L’Impossible voyage (Rivages, 1995), au sens où, à la fois conscients de l’espace fini de la terre et avides de nouveauté, nous tournons infiniment en rond dans des mondes construits. Le succès des parcs à thème Disney constituent des échappatoires à un monde devenu dans les perceptions infiniment petit et homogène, du fait de sa couverture médiatique et de la rapidité des transports. L’horreur du vide à l’oeuvre dans les parcs à thème est, sans pourtant affirmer qu’elle en est la solution, la révélation de la crainte d’un monde entièrement connu que le jouet seul parvient à surmonter.

Ne nous étonnons plus que les enfants ne se sentent pas impressionnés dans ces parcs qui sont bien peu de chose comparés  aux mondes qu’ils s’inventent quotidiennement à l’aide d’une dinette ou d’une simple petite voiture. Ils s’y plaignent même énormément. Les parcs Disney sont bel et bien des jouets par dépit et manque de temps pour des adultes à la recherche d’univers à créer.

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2 Commentaires

Classé dans Architectures du rêve

2 réponses à "Des jouets et des hommes" : l’illusion de la vie ou la passion du jouet

  1. Son enfance lui parait bien plus attrayante et il dà veloppe donc une espèce de nostalgie chronique qui le pousse à garder un orteil voir beaucoup plus dans son enfance.

  2. Je ne crois pas qu’il existe un "monde de l’enfance", juste un imaginaire autour de lui à la rigueur, mais on vit tous dans le même monde.

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