Mariage pour tous et éducation : la priorité aux valeurs de la République ! (1)

L’appel des professionnels de l’enfance est un mouvement soutenant le collectif "La manif pour tous", opposé au mariage pour tous voté par l’Assemblée nationale le 23 avril. En un mot, ce mouvement interpelle Christine Taubira, rapporteuse de la loi, et Vincent Peillon, ministre de l’Education nationale, sur l’impossibilité d’enseigner aux jeunes le principe de la filiation issue de personnes de même sexe.

J’ai tout de suite été troublé par cet appel qui pour moi confond deux grands axes du socle commun de compétences établi pour évaluer les élèves lors de leur scolarité obligatoire jusqu’à la fin du collège.

Je le rappelle, ce socle commun de compétences est un outil qualitatif d’évaluation qui divise l’apprentissage en trois axes progressifs: les connaissances, les compétences et les attitudes. Les connaissances rassemblent l’ensemble des savoirs scientifiques qui sont mobilisés par les élèves dans le cadre d’exercices. Mis en application, ces savoirs deviennent des compétences. Ces compétences elles-mêmes intériorisées à force d’être appliquées, permettent de construire des réflexes chez l’élève, ce sont les attitudes.

Afin d’être le plus clair possible dans mon argumentation, je vais reprendre un par un les points de l’appel des professionnels de l’enfance (que vous pouvez lire ici). Je le dis tout de suite, mon objectif est de démontrer qu’ils n’ont pas à avoir peur, en m’appuyant sur les programmes de l’Education nationale et sur un peu de bon sens citoyen. Je ne traiterai que le premier point du manifeste dans cet article. Le reste pour plus tard !

Premier point : "venez expliquez à nos classes de CP comment deux femmes ou deux hommes peuvent avoir des enfants"

Je tiens à souligner tout d’abord mon accord avec ce point sur le danger d’attribuer une valeur marchande au corps humain dans l’exemple que le manifeste évoque. Mais la loi votée le 23 avril n’autorise pas ces pratiques, et les débats viendront au moment venu. Laissons donc à madame Taubira et à monsieur Peillon le temps d’élaborer leur politique réformiste, chère au parti socialiste, avant de les accuser de malice et de hisser le droit mariage et de l’adoption pour tous les couples au rang de porte ouverte à toute autre pratique.

Deuxièmement, le manifeste utilise un verbe simple mais qui n’est pas sans conséquence : "donner un enfant". Moi-même fils d’un homme adopté et connaissant la douleur que cela a représentée pour mon père enfant, sa mère et sa mère adoptive, je ne permets pas que l’adoption soit qualifiée aussi arbitrairement, d’un revers de main. Je ne permettrai pas non plus de faire l’injure aux professionnels de l’enfance membres de ce mouvement de mentionner que l’adoption concerne aussi les hétérosexuels. Mais cela semble plus simple à expliquer aux élèves que des hétérosexuels peuvent adopter.

J’entends à droite et à gauche que l’adoption par des hétérosexuels ne fait que corriger une nature mal faite et que, tout compte fait, l’adoption permet à ces couples d’avoir ce qu’ils auraient dû avoir ! Immense sophisme que voilà, car ce même mouvement refuse le droit à l’enfant, mais aux homosexuels seulement. Je profite de ce moment pour énoncer le fil rouge de mon argumentation : le mariage et l’adoption n’ont pas la vocation d’imiter la nature mais de permettre à des couples de transmettre une culture et de construire des citoyens français, européens, et mondiaux.

Je traiterai le deuxième point demain !

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avril 26, 2013 · 8:25

Les rectifications orthographiques de 1990 pour les vieux

orthographeAvant, j’avais un dictionnaire. Maintenant, j’ai Google (sans plagier le célèbre Norman!). J’ai vite compris que les premières lignes servies par le moteur de recherche n’étaient pas forcément un gage de vérité. J’ai donc eu de nouveau recours aux bons et loyaux services du vieux Robert…mais qui ne collait pas toujours avec ce que je pouvais trouver dans le journal… Et, tout à coup, j’ai su : les rectifications orthographiques de 1990 ! Comment pouvais-je le savoir ? Mes instituteurs m’en ont toujours parlé comme de la peste ou d’un méchant acte de démagogie. Toujours est-il que je me suis senti moins perdu… Si le Robert dit que pagaille dit qu’on peut aussi écrire pagaïe (que le correcteur WordPress s’empresse de me souligner d’un rouge humiliant…), il ne dit pas qu’ambigüité est aussi correct qu’ambiguïté ! Etant né en 1989, j’ai toujours trouvé que les années 1990 étaient décadentes, mais est venu le temps de l’accueil chaleureux du changement !

Du chaos à l’ordre

L’Académie française, ainsi que ses soeurs du Québec et de la Belgique, ont toutes approuvé les propositions du Conseil supérieur de la langue française du 6 décembre 1990. Ces propositions ont pour but de rendre l’usage de la langue plus "sûr", notamment dans la création de mots nouveaux qui devront faire honneur à la beauté du français. De plus, une orthographe plus cohérente sera mieux appliquée. J’ajouterai que les vestiges de l’Ancien Français ne sont pas des exemples de cohérence, et que le Conseil supérieur de la langue française a vu juste en cherchant l’harmonie !

La difficulté de ces rectifications tient à cette phrase fatale : "les graphies rectifiées devenant la règle, les anciennes demeurant naturellement tolérées". Voici la source de mon sentiment de nullité orthographique que je connais depuis quelques mois : chacun a le droit de mettre selon son gré un accent grave ou aigu à "réglementation" ! Le rapport souligne, à ma grande satisfaction "la discordance nombreuses entre les différents dictionnaires", mais ne donne raison à aucun d’entre eux ! Dans l’enseignement, les nouvelles règles seront privilégiées. Nous sommes définitivement une génération sacrifiée. J’ose même exagérer mon sentiment de perdition en citant Musset décrivant sa propre génération sacrifiée :

"Trois éléments partageaient donc la vie qui s’offrait alors aux jeunes gens : derrière eux un passé à jamais détruit, s’agitant encore sur ses ruines, avec tous les fossiles des siècles de l’absolutisme ; devant eux l’aurore d’un immense horizon, les premières clartés de l’avenir ; et entre ces deux mondes… quelque chose de semblable à l’Océan qui sépare le vieux continent de la jeune Amérique, je ne sais quoi de vague et de flottant, une mer houleuse et pleine de naufrages, traversée de temps en temps par quelque blanche voile lointaine ou par quelque navire soufflant une lourde vapeur [...]" (Confession d’un enfant du siècle)

A ceux qui avaient honte en écrivant le montant de leurs chèques en lettres : séchez vos larmes !

Mon instituteur de CM2 avait consacré tout un après-midi au trait d’union dans les chiffres. Nous étions en 1999…le pauvre aurait pu se faciliter la vie puisque désormais, nous sommes invités à mettre des traits d’union partout. Même si mes yeux brûlent, écrivons : "cent-deux ans".

Vous avez encore l’habitude de tracer une ligne horizontale en doutant de vos accents ? N’ayez plus peur d’assumer vos accents !

J’écrivais "je cède" mais "je céderai", car le -e muet de "cède" ouvre le [e] tandis que le -e central de de "céderai" ferme le [e] initial. Il semblerait que l’Académie ait admis que le [e] central soit devenu muet car, maintenant, écrivez "cèderai" (que mon correcteur orthographique me refuse toujours !) !

Qui a dit que l’Académie était pédante ?

Le rapport de l’Académie rappelle à maintes reprises son souci de réduire les anomalies de la langue qui ne sont justifiées ni par l’histoire ni par la logique. Cette démarche rend à l’orthographe son caractère édifiant et atténue la crainte qu’elle suscite souvent dans les jeunes exprits. Parmi les propositions du rapport qui feront frémir les pédants des brunchs et goûters sucré-salé entre amis, on trouve la régularisation des pluriels des mots empruntés à une langue étrangère: un scénario s’écrira au pluriel des scénarios. Vous qui avez connu cette remarque désobligeante : "Hum…scenarii, tu veux dire ?", n’avez plus de sang d’encre à vous faire ! Adieu aux humiliations de la part de ceux qui prennent l’orthographe comme un argument d’autorité pour détourner leur esprit faussement érudit d’une idée de fond qu’ils ne comprennent pas !

Le groût de l’effort, de la logique et de l’histoire orthographique, espérons-le, serait en voie de primer dans la pédagogie sur le culte de l’exception.

La version complète du rapport de l’Académie est disponible sur Wikisource: http://fr.wikisource.org/wiki/Rapport_de_1990_sur_les_rectifications_orthographiques#I.3.2._L.E2.80.99accent_grave_ou_aigu_sur_le_e

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Le luxe: vanité ou raffinement ?

« Un battement de cœur la prit dès le vestibule. Elle sourit involontairement de vanité, en voyant la foule qui se précipitait à droite par l’autre corridor, tandis qu’elle montait l’escalier des premières. Elle eut plaisir, comme un enfant, à pousser de son doigt les larges portes tapissées ; elle aspira de toute sa poitrine l’odeur poussiéreuse des couloirs, et, quand elle fut assise dans sa loge, elle se cambra la taille avec une désinvolture de duchesse » (Gustave Flaubert, Madame Bovary, deuxième partie, chapitre XV). Si on en croit cette vision de l’attitude luxueuse décrite comme vaniteuse par Flaubert, le luxe serait une pratique sociale caractérisée par la recherche de commodités coûteuses ou de biens raffinés et superflus, souvent par goût du faste ou désir d’ostentation. Flaubert nous informe aussi que le luxe est réservé à une partie supérieure de la population, et que tout individu qui cherche à en adopter les codes est ridicule. Le luxe est-il donc réservé à une élite ? Il serait par essence inégalitaire et discriminant, en refusant toute tentative « parvenue ». Cette question revient à opposer deux conceptions du luxe : l’une qui le définit comme une attitude décadente fondée sur des apparences et des possessions affichées avec démesure, et une deuxième qui le concevrait plutôt comme une profondeur d’esprit, une richesse intellectuelle et patrimoniale.

Démesure et cupidité

Nathalie Kosciusko-Morizet, personnalité de droite, écrit le 8 octobre sur son blog : « Il faut que partout se lèvent des femmes et des hommes qui sachent qu’il faut réinventer […] notre envie d’être riches, inventifs, conquérants». Dans cette conception de l’argent comme fierté, la richesse et la conquête sont vues comme un objectif en soi, une performance dont les objectifs sont toujours à recommencer. Le luxe, synonyme de démesure est dans cette perspective la pratique d’un excès coûteux, une fuite en avant incessante, caractérisée par la cupidité de la société capitaliste. Comment différencier, dans ce bal fulgurant, le bon goût de l’ostentation ? En effet, le luxe peut aussi exprimer un ensemble de dépenses effectuées pour acquérir un plaisir qui tire son intensité de sa rareté. Alain Corbin, dans L’avènement des loisirs, ouvrage consacré à l’oisiveté au XIXè siècle, définit le luxe comme l’occupation de son temps libre par des activités peu répandues et peu accessibles, dont la destinée est d’être imitées, de se démocratiser et de périr. Mal nécessaire ou caprice incontrôlé, le luxe se caractérise avant tout par les luttes et les différenciations sociales qu’il suscite.

A l’origine de la guerre du luxe est la convoitise. René Girard écrit dans Mensonges romantiques et vérité romanesque que l’acquisition d’un bien résulte du désir de ressembler à celui qui possède déjà ce bien, plutôt qu’au désir d’acquérir le bien en soi. Sous le second Empire, toutes les dames de la haute bourgeoise ou récemment anoblies se disputent Worth, le couturier de l’impératrice Eugénie. On imagine facilement que ces dames étaient moins passionnées par les innovations et l’érudition de la mode que par le rapprochement que leurs toilettes faisaient naître entre leurs vêtements et le statut d’impératrice. Le luxe est une nécessité sociale : il s’agit de tenir son rang, d’être vu et remarqué dans une société de l’image à laquelle la Cour de Versailles a beaucoup contribué jusqu’à sa transposition dans la société capitaliste, selon Norbert Elias (La Société de cour). Madame Bovary, arborant « des airs de duchesse » à l’Opéra est l’incarnation de ce désir d’être une autre femme. Les magazines de mode et les romans de la bibliothèque bleue décrits par Flaubert sont aujourd’hui transposés dans la frénésie de la Fashion Week. Les critères du « vrai » luxe ne cessent de s’élever au fur et à mesure que les marques se démocratisent afin de continuer à les rendre inaccessibles. On parle aujourd’hui de Louis Vuitton comme une marque grand public, alors que ses pratiques artisanales de qualité n’ont rien à envier à des marques réputées plus luxueuses, comme Anne Valérie Hash, prisée parce que personne ne la connaît. Cela confirme notre conception du luxe comme inégalitaire.

Culture et épanouissement personnel

Le luxe, pourtant, peut être conçu d’une autre manière et s’inscrire dans une perspective de développement individuel et collectif sur le long terme au lieu de défendre des perspectives commerciales effrénées. Il ne s’agit pas seulement du fait que les marques de luxe sont plus pérennes que les autres. Quand nous parlons de perspective pérenne, nous faisons référence aux arguments des Anciens, dans la querelle littéraire et philosophique analysée par Marc Fumaroli (La Querelle des Anciens et des Modernes). Au XVIIè sicèle, les Modernes, nous dit Fumaroli, font l’éloge du présent, de son inventivité, de ses prouesses techniques, et vantent les mérites du Roi Soleil, mille fois supérieur aux dirigeants de l’Antiquité, comme le remarque Charles Perrault dans Le siècle de Louis XIV. Cette vision progressiste de l’Histoire, dont Voltaire se fera le partisan dans son panégyrique du luxe, Le Mondain, s’oppose à la vision des Anciens qui se réfèrent à une vérité éternelle immuable quelle que soit l’époque, comme Boileau puis Rousseau. Si on les appelle les Anciens, c’est moins, comme on le croit souvent, pour leur attachement aux valeurs conservatrices qu’à leur admiration pour la philosophie antique. Face aux Modernes qui ne manquent pas d’éloges sur les fastes de la Cour du Roi, les Anciens, eux, se donnent le droit de critiquer les excès et d’inviter le roi à plus de sagesse. Pour eux, comme pour Socrate, Epicure et Diogène, le luxe est décadence s’il est synonyme d’excès. Pour la philosophie socratique, le luxe peut rejoindre le bien s’il se réfère à un état d’esprit serein disposé à apprendre à se contenter de ce que la vie offre, de jouir infiniment de quelques biens de grandes valeurs sans chercher à en acquérir toujours plus. Rester dans l’admiration et la contemplation d’un nombre limité d’objets somptueux qu’on possède, voilà la seule pratique équilibrée du luxe possible. Dans ce sens, les choses de l’esprit peuvent aussi être considérées comme un luxe. Le luxe selon les Anciens n’est pas un combat contre autrui mais un combat avec soi-même dans la recherche des significations d’un objet, dans l’appropriation qu’on construit  à partir de lui.

Diogène, au fond de son tonneau, dénonçait l’artifice des conventions sociales et du luxe : « Ôte-toi de mon soleil », dit-il à l’empereur Alexandre. Le luxe de Diogène, son Soleil, n’était pas sa richesse extérieure mais son être face à la dictature des apparences. Depuis la disparition des privilèges de la noblesse lors la Révolution française, les nobles déchus et les grands bourgeois recherchent d’autres moyens de paraître « plus grands », comme à travers les rallyes de la grande bourgeoisie actuelle, décrits par le couple Pinçon-Charlot. Barbey d’Aurevilly, dans ses nombreux ouvrages, donne plus de grandeur aux nobles du XVIII siècle, à la fois instruits, fins, héritiers de toute une histoire, parfois pauvres, qu’à la cupidité des nouveaux nobles de la Restauration qui n’ont que l’argent pour acheter le respect de leurs semblables. Le luxe devient l’affaire de tous au XIXè siècle, et révèle qu’il peut autant le meilleur que le pire, selon la manière dont l’individu l’appréhende, selon que sa pratique est vue comme une grandeur en soi ou un couloir vers l’accomplissement de soi. Selon la pyramide de Maslow, la préoccupation la plus haute de l’homme, son seul « vrai » luxe, est son propre développement, tandis que l’acquisition matérielle se trouve au plus bas de l’échelle.

Ainsi, notre étude de l’opposition deux conceptions du luxe, l’une fondée sur le désir d’ostentation, l’autre sur la recherche de sens, nous permet d’affirmer qu’il est important de protéger les beaux objets de la spéculation et de l’élitisme inhérent au luxe ostentatoire. Dans le débat récent qui a agité les parlementaires sur la prise en compte des œuvres d’art dans le calcul de l’impôt sur la fortune, toute la question est de savoir si on considère l’art comme un apparat matériel ou un patrimoine spirituel auquel on tient pour des raisons intimes. Puisque la réponse à cette question est dans le cœur de chaque détenteur d’œuvre d’arts, il est difficile de déterminer quels amateurs sont à taxer ou non, lesquels aiment les œuvres d’art pour être encore plus riches lesquels les aiment pour les contempler et en tirer un surplus d’existence.

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Besoin de partir ?

La filmographie et la littérature sur le thème du voyage sont plus riches que toutes les anthologies imaginables. Partir pour revenir à ses racines, partir pour se connaître, partir pour oublier ou partir pour grandir… Les motivations du voyage sont indénombrables. Je suis moins intéressé par les raisons du départ que les manières de parvenir à l’ailleurs… Pourquoi cet article ? Autour de moi, j’entends une majorité de personnes qui rit au nez de trentenaires qui n’ont pas parcouru les cinq continents avant l’obtention de leur diplôme. D’autres qui considèrent que le voyage ne peut être que physique : "Ne parle pas, tu n’y es même pas allé !", me disent-ils. Ce que j’ose appeler un empirisme primaire semble être la règle de tous les CV.

Je ne démentirai jamais la nécessité de se mouvoir pour éprouver des vérités qu’on croyait invincibles. Je n’applaudirai pas non plus le monopole du voyage pour attester de l’intelligence d’un individu.

Explorer des vérités qui ne sont pas humaines : la richesse de l’art

A quoi sert un livre ? A quoi sert une métaphore ? Boris Vian, dans L’Ecume des jours, nous ouvre un monde régi par les perceptions, non par les lois de la technique : les câbles d’un ascenseur ne s’enroulent pas, ils s’allongent. Finalement, pour l’oeil, c’est bien plus logique ! Un cancer du poumon ressemble bien plus à un nénuphar qu’à une destruction de cellules. La poésie nous ouvre les portes de perceptions nouvelles. Cet argument, aussi banal soit-il, n’en devient pas pour autant faux. La RATP n’y croit-elle pas encore quand elle brandit son slogan "Aimons la ville", appuyé par des poèmes amateurs ? L’amour de la proximité n’a comme chemin que celui d’une redécouverte.

Cette conception a comme effet perverse de nous soumettre à l’étonnement. C’est là mon grand défaut ! A force d’être étonné de tout, j’accepte tout au nom de l’effet de surprise. A mon grand malheur, je ne m’énerve jamais dans le métro parisien, je m’étonne, pris au piège d’un rêve éveillé à la manière de Ruy Blas qui, en aimant et commentant l’amour, ne connaît finalement jamais les joies de le vivre ! Parvenir à s’étonner sans se soumettre, c’est là que réside l’ambiguïté du voyageur.

Ambiguïté du voyageur

Selon Montaigne, le voyage mène au relativisme le plus extrême. L’humanisme occidental atteint là une limite. Alain Finkielkraut nous le rappelle dans La Défaite de la pensée.

Comment continuer de croire en ses valeurs ? Comment continuer de faire preuve d’intolérance envers ce que l’on trouve dégradant pour l’homme? La vérité du terrain n’a pas de loi à imposer, les hommes ont déjà assez montré qu’ils étaient capables des pires bassesses. Par respect des cultures étrangères et pour assurer la signature d’un contrat, on devrait m’infliger ce qu’on enseigne en cours de multiculturalisme: s’adapter… Non, je ne m’adapte pas. Le multiculturalisme a la même limite que la liberté : ne nuis pas au bien d’autrui. Je suis multiculturaliste si j’adhère à ce qui me semble essentiellement bon dans chaque culture, que j’en tire une richesse. Je suis lâche si je pense être humaniste en faisant comme les autres parce que les lois injustes d’un pays me l’ordonnent et qu’au fond, "c’est folklorique". Je me moque qu’on parle plus fort dans un pays plutôt qu’un autre. Cela est de l’ordre de l’interculturalité de comptoir. Mais je m’insurge que dans un pays on s’agenouille devant des êtres humains pendant que les autres sont victimes de persécutions.

Je ne dis pas que le voyage doit être vécu dans la complaisance de ce qu’on croit bon, car le voyage est remise en question de soi pour atteindre la goût de l’universalité. Je crois en l’humain d’abord, et l’humain n’est qu’un. Aucun dogme, aucun religion, aucune institution ne peut prétendre se placer au-dessus du coeur.

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"Dessine-moi un Parisien", un livre pour les Parisiens?

Je ne suis pas né à Paris mais j’y vis depuis un peu plus de cinq ans seulement…"Seulement?", me diront les natifs de la capitale. Dans la veine des vidéos "Ce que disent les Parisiens" de My Little Paris, je me suis procuré le livre Dessine-moi un Parisien d’Olivier Magny. Glossaire satirique du mode de vie des habitants de la capitale, cet ouvrage présente le paradoxe, il me semble, d’avoir été écrit pour les Parisiens et reflète ainsi la fausse modestie que leur attribue l’auteur. Il paraît assez peu amusant pour quelqu’un n’étant jamais venu à Paris de lire cet ouvrage, écrit pour des narcissiques qui s’enorgueillissent avec sourire de la peinture de leurs propres défauts: "Cet auteur me comprend teeeellement!".

Je reprendrai donc la méthode d’Olivier Magny et commenterai ainsi l’effet que m’a produit le livre:

"Conseil utile: ne faites pas lire ce livre à une personne non-Parisienne, elle ne comprendrait pas l’humour, puisqu’elle n’est pas aussi cool qu’un Parisien!"

"Parlez en Parisien: en lisant un livre sur les Parisiens, j’ai trop pensé à nous quand on joue nos Parisiens de base, c’est trop marrant!"

Dessine-moi un Parisien entretient le mythe d’une identité parisienne, qui est en fait celle des grandes villes de France. A la manière des Contes de Perrault qui s’adressaient à un public de Cour friand de jeux d’esprit au sujet de la vie aristocratique "branchée", l’auteur s’adresse ici habilement à un public non-parisien (car je ne dirai pas à des "provinciaux"!) pour en fait satisfaire l’orgueil des habitants de la plus belle ville du monde.

A lire tout de même car vous y reconnaîtrez forcément quelqu’un !

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Les paquebots – Partie 1: formes contemporaines du sacré?

2012 sera en partie l’année des paquebots : centenaire du naufrage du Titanic et toutes ces célébrations (dont la sortie du film de James Cameron en 3D), tragédie du Concordia, avancée du projet Nouveau France qui espère redonner à la France un fleuron de la croisière à la pointe de l’art et de la technologie, ainsi que le lancement du nouveau paquebot Disney Fantasy.

Deux derniers points de l’actualité ont inspiré cette synthèse en plusieurs parties sur le mythe des paquebots. Il s’agit premièrement de la parution du livre de Régis Debray, Jeunesse du sacré, qui, à travers environ deux cents images rend compte de la puissance sacrale de certains monuments anodins et quotidiens de l’architecture, comme les grands stades ou les tribunaux républicains. Le deuxième point, c’est l’exposition « Circuler » à la Cité de l’Architecture de Paris, qui révèle la manière dont les transports en ville, comme les aéroports ou les gares se sont nourris de la structure des ports pour inviter au voyage et à l’ailleurs.

Les paquebots revêtent leur part de sacré, parce qu’ils inspirent à la fois l’admiration et la crainte. L’admiration, parce qu’ils sont toujours dénommés à travers des métaphores emphatiques : géants des mers, titans, villes lumières, etc. Leur existence paraît toujours inhumaine et contre nature. La crainte, parce que les tragédies qui ont marqué l’histoire des paquebots nous hantent toujours, redoublées par les films catastrophes et les témoignages qui ont su les transmettre de génération en génération en les enrobant d’un parfum de légende.

Des bâtiments contre-nature teintés d’idéal : une forme contemporaine du sacré ?

Toujours à la frontière de la terre et de la mer, les paquebots sont des monstres contre-nature et arrogants ayant inspiré un certain nombre d’œuvres littéraires et architecturales qui hissent ces bâtiments en objets d’inspiration,  d’admiration et d’effroi.

Pour Alain Corbin (L’avènement des loisirs), les paquebots sont des  « laboratoires de la modernité » et cristallise en un univers clos leur  « emprise sur le rêve collectif ». Ils permettent donc de faire naître ce qui n’existe pas encore au sein d’un écosystème autonome et expérimental. Au cours des années1930, toujours selon Alain Corbin, la  croisière devient une fête irréelle, en produisant un effet de « survalorisation du temps ». La régularité pointilleuse des horaires et des rituels à bord comble le vide de ces espaces. Le repos s’y effectue par le vide et la contemplation de l’infraction prométhéenne que l’homme a produite en voguant si dangereusement sur les mers.

Du France au Queen Mary 2, le grand escalier est le symbole de la vie théâtrale à bord des paquebots. Il est lieu de prédilection pour voir et se faire voir.

La croisière crée ses propres événements afin de combler le vide de ses lieux qui n’en sont pas. Reprenant la théorie de Marc Augé sur le non-lieu, le paquebot est un autre exemple de plateforme de passage, de transit et de circulation ayant été rendue attractive à la fois par le besoin de rentabilité des « producteurs » et le réflexe d’appropriation des « usagers ».

Hall de réception du Queen Mary 2

Les paquebots sont des bâtiments neutres que les architectes et décorateurs ont voulu enrichir d’histoire, de valeurs et de poids historiques. Le paquebot France de 1912 reproduit les styles d’Ancien Régime et de l’Empire pour établir une légitimité, une puissance et des symboles dans un ouvrage d’acier dont le but premier (qu’on oublie à force) est de transporter des voyageurs. N’était-il pas appelé le Versailles des mers? N’avons-nous pas l’impression d’y retrouver le besoin de vernis authentique étudié par Umberto Eco (La Guerre du faux) et ses disciples au sujet des musées de cire ou autres centres commerciaux contemporains aux ambiances Belle Epoque ?

Le paquebot vit de « faux », non pas que l’atmosphère y soit artificiel et gênante, mais dans la mesure où s’y déroule un spectacle loin d’être déplaisant. Tout comme un parc d’attraction n’existe que par l’enchevêtrement étudié de ses dédales enivrantes et du rythme calculé de ses animations (lire New York Délires de Rem Koolhass), la vie à bord des paquebots tient au petit fil des rituels qui y sont instruits : les longs repas, les bains de soleil, les promenades (où l’idée nous viendrait-elle de marcher sur des hectomètres de teck à part sur un paquebot ?), le jeu, le casse-croûte de 16h, etc.

En continuant le raisonnement d’Alain Corbin, il se jouerait sur un paquebot la même ivresse rassurante que dans les cours d’Ancien Régime. Le soin d‘observer les comportements et les habitudes de ses semblables au sein d’une communauté relativement restreinte, le plaisir de manier les règles, la joie de jouer sur un terrain délimité, sans atteindre bien sûr les excès de l’Ancien Régime décrits par Norbert Elias, caractérisent l’expérience inimitable des paquebots, et expliquent que certains s’y plaisent tandis que d‘autres détestent. On n’y est pourtant pas moins authentiques que lors des cérémonies sacrées ou républicaines, tout autant réglées et codifiées.

Lire la partie 2 sur les paquebots et la grandeur

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Attraction Ratatouille à Disneyland Paris : pourquoi reconstituer Paris à Paris?

L’idée de cet article est née de l’ébullition actuelle sur les forums consacrés à Disneyland Paris au sujet de la construction dans le parc Walt Disney Studios d’un espace dédié à la reconstitution d’une rue parisienne typiquement haussmanienne, afin de recréer l’atmosphère du film Ratatouille co-signé par Pixar et Disney. Aucun fan observateur n’aura manqué les palissades encerclant le chantier et les nombreux indices étayant la thèse d’une telle attraction. Le débat sur la forme et la légitimité de cette attraction a déchaîné les passions sur le forum Disney Central Plaza, qui accumule à ce jour près de 200 pages de commentaires sur ce seul thème (toutes les citations de cet article en sont issues) !

Que peut bien motiver les passionnés de Disneyland Paris à échanger à ce point sur la construction d’une nouvelle attraction ?

1 – Les arguments les plus avancés sur le forum : entre scepticisme et enthousiasme

Premiers éléments de décors du futur espace dédié à Ratatouille dans le parc Walt Disney Studios.

Les internautes favorables à l’attraction sont des passionnés de Disney et de ses parcs d’attraction. La construction d’un nouvel espace est pour eux essentielle au renouvellement de l’offre de Disneyland Paris. Leurs préoccupations concernent davantage la forme que prendra l’attraction que ses portées urbanistiques ou culturelles. Le sujet importe peu tant que Disneyland Paris fait l’effort de satisfaire l’appétit de ses visiteurs fidèles avec des techniques innovantes et une expérience immersive intense. Leur argument est celui-ci : il était temps que Disneyland Paris fasse du neuf ! A l’appui, ces citations de quelques membres du forum :

- Festi’Val : "Si on considère que Ratatouille adoptera un système comparable à Winnie au Japon, alors le ride devrait être relativement tranquille, sans compter que l’attraction doit toucher un public très large, et que le guidage sans rail des véhicules, à mon avis, ne doit pas être prévu pour de trop grandes vitesses/accélérations".

- Kaleoo – "L’arrivée du dark-ride Ratatouille est très positive. J’éspère que l’attraction sera dans une zone assez vaste et aménagée en conséquence afin d’éviter un Toon Studio bis…Pour moi, augmenter la superficie du parc est tout aussi important que d’augmenter son nombre d’attractions. Le but étant biensur de fluidifier la circulation et d’enfin pouvoir respirer dans ce parc!"

Les internautes sceptiques, qui ne sont pas contre l’attraction pour autant, émettent une certaine réserve quant à la légitimité de construire une façade de Paris haussmanien à 35 km de Paris. Ils craignent que les touristes venus de loin, attirés par Disneyland Paris pour ses formules « transport, parcs et hébergement » ne se donnent plus la peine de se déplacer jusqu’à Paris, puisqu’ils auront joui sur place d’un échantillon plus beau et propre que nature. Toutefois, seulement 5 occurrences sur ce thème ont été trouvées sur un total de 150 pages !

2 – Un faux Paris si près de Paris : absurde ?

Pour que les touristes ne se donnent en effet plus la peine de quitter leur hôtel de Disneyland Paris pour prendre le RER jusqu’à Paris, il faudra que Paris soigne bien peu l’expérience qu’il propose et se rapproche dangereusement d’un parc d’attraction. La crainte émise par certains internautes est la simple conséquence d’un Paris devenant une ville musée. Le constat n’est pas neuf : l’ethnologue Marc Augé en a écrit tout un article intitulé Une ville de rêve où il décrit le futur Paris comme une réplique de Disneyland.

On peut facilement concevoir la crainte de certains témoins sur Internet concernant cet affront fait à la capitale parisienne : Disneyland Paris propose le beurre et l’argent du beurre, un parc d’attraction et une capitale historique pour le même prix déplacement en RER. Cette crainte, nous le croyons, est sans fondement et est symptomatique du traitement réservé à Disneyland Paris depuis que la première pierre en a été posée. C’est un argument qui naît en effet de la méconnaissance des parcs à thème et de l’expérience qu’ils proposent.

3 – Et si ce nouvel espace consacré à Paris n’avait rien à voir avec Paris ?

Les projets officiels eux-mêmes font état d'un Paris sublimé, en adoptant un style impressionniste

Ratatouille ne concurrencera pas Paris car Disneyland Paris est dans une dynamique de déni de l’extérieur. L’attraction Ratatouille suivra l’exemple de l’Hôtel Disneyland et de son univers victorien re-contextualisé: une imagerie fantaisiste de dessin animé, références discrètes internes à Disney, expression d’un âge d’or sublimé et fantasmé.

Ce sont les fans de Disney s’exprimant sur le forum qui appuient sans le savoir cette thèse. Revenons donc sur les quelques constantes intéressantes qui caractérisent les échanges entre les fans :

- La comparaison avec les autres parcs Disney et concurrents

-  Un souci de réalisme vis-à-vis de la situation de Euro Disney SCA (sans aller jusqu’à l’expertise)

-  L’expérience vécue

-  Certains débats occultes qui fascinent, comme la relation entre Euro Disney SCA et The Walt Disney Company, les processus décisionnels au sein de la direction générale, etc.

Les préoccupations des fans sur la légitimité d’une attraction sur le thème de Ratatouille relèvent moins des enjeux qu’elle soulève dans le cercle fermé des parcs Disney que ceux liés à sa légitimité urbanistique, qui reste un sujet pour eux très anecdotique. Cela confirme que les parcs Disney constituent un espace fermé qui nie et absorbe l’espace extérieur sans le dénigrer. L’intérêt touristique de Paris n’a donc pas à craindre la voie que prend le développement de Disneyland Paris car le faux Paris de Disneyland Paris cherche davantage à défier la qualité des images du film Ratatouille que le paysage parisien lui-même.

Chez Disneyland Paris, autant dans la communication commerciale que parmi ses fans, l’extérieur n’est pas un référent pertinent de comparaison. Tout s’évalue et se critique toujours par rapport à d’autres produits de l’univers Disney dans le monde, comme le fait ce fan : « Je ne sais pas si fastpass il y aura mais la capacité de l’attraction normalement du même ordre que Buzz. Le système de ride est inspiré de Winnie à Tokyo qui lui a des fast pass, donc pourquoi pas…. » (DynastyGo), ou encore : « J’avoue que j’ai du mal à accrocher au thème de Ratatouille pour un dark ride. J’adore pourtant le dessin animé, qui est une merveille, mais est-il attractif pour une attraction ? A-t-il les scènes qui permettront d’en faire un ride fantastique ? Je m’interroge. Mais j’espère me tromper. Je reconnais aussi que je fais partie de ceux qui trouvent le DR Winnie de Tokyo quelque peu surévalué. Certes, il est plus sophistiqué que les petits DR de Fantasyland, mais c’est pas non plus de l’ampleur d’un Splash Mountain, d’un POTC ou d’un Indiana Jones Adventure » (Mr.Freddy).

Quand pourrait surgir l’argument urbanistique, il est aussitôt rattrapé par les références à l’univers Disney : « En plus faire une zone de Paris au Studio alors que le vrai Paris est juste à 30 min, je trouve ça juste aberrant ! Ce n’est pas quandmême "The" animation du siècle, c’est pas parce qu’il représente Paris qu’il faut la construire absolument ! Je trouve que tellement d’animation populaire mérite mieux leur place comme : le roi lion, le livre de la jungle, ariel, cendrillon, Belle, Pocahontas… » (Princess Pocahontas)

Si on en croit les fans de Disneyland Paris, la légitimité de Ratatouille est davantage l’objet de querelles internes dues au choix du thème de l’attraction inexistant dans tous les autres parcs de la marque, son emplacement qui risque de pénaliser le premier parc, son coût exorbitant, le manque de cohérence avec le reste du parc, etc. S’il s’agit d’un problème d’urbanisme, il reste circonscrit dans les limites de Disneyland Paris. Paris n’a pas à s’en faire !

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